J'ai aimé courir sur cette plage sans fin, ralentie par le vent de face et fatiguée de m'enfoncer dans le sable un peu plus à chaque pas, inventer des histoires invraisemblables et extravagantes et les mettre en scène avec mes poupées pour seules actrices, Sauter dans cette piscine minusculement profonde et au plastique barbouilé de décorations bien trop colorées, Manger au flunch et être plus que persuadée qu'il n'y a pas meilleur endroit au monde, être fière de me promener en donnant la main à ma mère, passer des après midi à la bibliothèque, ne comprenant pas qu'on puisse ne pas avoir le temps. J'ai vu les autres grandir, délaisser leurs habitudes enfantines sans scrupules, et je me suis intimement promis de ne jamais les imiter. Je me suis promis de vieillir sans perdre mon regard d'enfant sur le monde, sans jamais perdre de vue le peu de choses qui me rendaient si heureuse. Et pourtant, je le réalise seulement aujourd'hui, je ne cours plus sur la plage, je m'y rends d'ailleurs de moins en moins, je me tient à la sombre réalité et il ne me vient même plus à l'esprit de sortir mes vieilles amies les poupées de leur placard, La piscine est devenue pédiluve et si mes cousins m'y appellent pour jouer je me dérobe sous des excuses de "grand", J'apprécie plus un vrai restaurant que le traditionnel jambon-purée de cet endroit bruyant et mal organisé qu'est le flunch, Je ne fais plus route avec ma mère mais avec mes amies, et quand il m'arrive encore d'aller en ville avec elle je me cache à la vue de la moindre connaisance, Il y a bien longtemps que j'occupe mes mercredis après midi ailleurs qu'à la bibliothèque ....
C'est non sans désolation que je constate qu'on ne peut rien contre ça.
J'ai grandi.
C'est non sans désolation que je constate qu'on ne peut rien contre ça.
J'ai grandi.
