Regarde-moi.
Je t'observe. Un ornement de la salle me cache à tes yeux (sublimes, soit dit en passant). Tu discutes avec tes innombrables amis. Regarde-moi. Allez, tourne la tête vers moi. Si tu le fais, je serai la personne la plus heureuse du monde...
J'attends.
Je t'espionne ainsi durant presque une heure. Tes amis s'en vont les uns après les autres. Bientôt, tous seront partis. Peut-être qu'alors, tu tourneras ton beau visage vers le mien... Il faut que j'arrête de rêver. Le vase chinois, blanc orné de motifs bleus, me dissimule vraiment bien.
Ca y est, la solitude a repris ses droits. Tu esquisses quelques mouvements en avant, vers la sortie, mais tu t'arrêtes soudainement, comme si un sixième sens te retenait. Avec un des ces fins sourires que j'aime tant chez toi, tu rives ton regard dans le mien. Tes yeux ne témoignent aucune surprise, pas même le plus petit étonnement. Comment pouvais-tu savoir que j'étais ici ?
Tu t'approches, d'une démarche souple qui trahit ton incroyable confiance en toi, alors que moi je n'aurais jamais osé adopté cette attitude. Tu souris toujours, et je pense que c'est cela qui me décide... Qui me décide à sortir de ma cachette et à faire un pas vers toi, alors que je suis d'ordinaire si timide. Nous nous arrêtons à un mètre l'un de l'autre. Je me perds dans le bleu intense de tes yeux et oublie tout. Tout, c'est-à-dire même la guerre qui ravage notre pays, les attentats qui il y a une heure encore ont frappé la ville, la terreur permanente, la peur. Tout ce monde a été remplacé par un regard.
Tu fais un pas. Moi aussi. Je sais ce qui va se passer et je l'attends sans crainte, moi que tout le monde hue en raison de mon extrême timidité.
Encore un pas. Puis un autre. Tu tends la main vers mon visage. Un simple effleurement, comme un léger courant d'air, avant de reculer. Peur de brusquer, peur de décevoir ? Je ne sais pas. Tu reviens presque tout de suite, avec plus d'assurance. J'apprécie énormément la douceur de ce contact. Ta main contre ma joue... le rêve de toute une vie. Tes lèvres s'approchent doucement des miennes. Elles se rencontrent à mi-chemin entre nos deux corps.
Eclat indéfinissable, douceur infinie, passion naissante, harmonie parfaite. Je m'envole. Deux corps, une âme.
Rien ne saurait me faire sortir de cette communion parfaite. Mon bonheur est sans faille.
Et pourtant...
On entend tout d'abord un léger sifflement, presque inaudible. Ce son insolite nous pousse hélas à nous séparer, à regret. Le sifflement se mue rapidement en un son suraigu. On dirait un missile qui vole...
Une seconde après, c'est l'explosion.
Quelque chose a traversé une fenêtre à l'opposé du coin où nous nous tenions. Une grenade ? Je ne sais pas. Et puis un bruit assourdissant. Une explosion de lumière. Des objets qui volent. Des hurlements de terreur. Une douleur. Et puis le noir.
A mon réveil, j'ai tout d'abord du mal à me rappeler où je suis. La mémoire me revient peu à peu. Puis brusquement.
Je ne te vois pas.
Mes yeux horrifiés parcourent la scène. Partout des pleurs, du sang, des personnes gisant au sol. Je ne peux retenir un sanglot. Pourquoi toute cette violence ? Pourquoi ce carnage ? Je ne comprends pas.
Tout à coup, je te vois. Ton corps est allongé par terre, les bras en croix. Je me précipite vers toi. Non, s'il vous plaît, ne me dites pas que...
Je prends ta main et y cherche fébrilement un pouls. Ce n'est pas la peine. Tu ouvres tes yeux magnifiques et me murmure à l'oreille :
-Je t'aime...
-Moi aussi. Mais que...
Je n'achève pas. Ton regard est devenu vitreux. Ton pouls déjà faible s'éteint définitivement. La blessures que je remarque alors me glacent les sangs. Un objet, soufflé par l'explosion, a atteint ton estomac et s'y est profondément enfoncé. J'en distingue encore les contours irréguliers, mais je ne parviens pas à l'identifier. Tant mieux.
Je t'observe. Un ornement de la salle me cache à tes yeux (sublimes, soit dit en passant). Tu discutes avec tes innombrables amis. Regarde-moi. Allez, tourne la tête vers moi. Si tu le fais, je serai la personne la plus heureuse du monde...
J'attends.
Je t'espionne ainsi durant presque une heure. Tes amis s'en vont les uns après les autres. Bientôt, tous seront partis. Peut-être qu'alors, tu tourneras ton beau visage vers le mien... Il faut que j'arrête de rêver. Le vase chinois, blanc orné de motifs bleus, me dissimule vraiment bien.
Ca y est, la solitude a repris ses droits. Tu esquisses quelques mouvements en avant, vers la sortie, mais tu t'arrêtes soudainement, comme si un sixième sens te retenait. Avec un des ces fins sourires que j'aime tant chez toi, tu rives ton regard dans le mien. Tes yeux ne témoignent aucune surprise, pas même le plus petit étonnement. Comment pouvais-tu savoir que j'étais ici ?
Tu t'approches, d'une démarche souple qui trahit ton incroyable confiance en toi, alors que moi je n'aurais jamais osé adopté cette attitude. Tu souris toujours, et je pense que c'est cela qui me décide... Qui me décide à sortir de ma cachette et à faire un pas vers toi, alors que je suis d'ordinaire si timide. Nous nous arrêtons à un mètre l'un de l'autre. Je me perds dans le bleu intense de tes yeux et oublie tout. Tout, c'est-à-dire même la guerre qui ravage notre pays, les attentats qui il y a une heure encore ont frappé la ville, la terreur permanente, la peur. Tout ce monde a été remplacé par un regard.
Tu fais un pas. Moi aussi. Je sais ce qui va se passer et je l'attends sans crainte, moi que tout le monde hue en raison de mon extrême timidité.
Encore un pas. Puis un autre. Tu tends la main vers mon visage. Un simple effleurement, comme un léger courant d'air, avant de reculer. Peur de brusquer, peur de décevoir ? Je ne sais pas. Tu reviens presque tout de suite, avec plus d'assurance. J'apprécie énormément la douceur de ce contact. Ta main contre ma joue... le rêve de toute une vie. Tes lèvres s'approchent doucement des miennes. Elles se rencontrent à mi-chemin entre nos deux corps.
Eclat indéfinissable, douceur infinie, passion naissante, harmonie parfaite. Je m'envole. Deux corps, une âme.
Rien ne saurait me faire sortir de cette communion parfaite. Mon bonheur est sans faille.
Et pourtant...
On entend tout d'abord un léger sifflement, presque inaudible. Ce son insolite nous pousse hélas à nous séparer, à regret. Le sifflement se mue rapidement en un son suraigu. On dirait un missile qui vole...
Une seconde après, c'est l'explosion.
Quelque chose a traversé une fenêtre à l'opposé du coin où nous nous tenions. Une grenade ? Je ne sais pas. Et puis un bruit assourdissant. Une explosion de lumière. Des objets qui volent. Des hurlements de terreur. Une douleur. Et puis le noir.
A mon réveil, j'ai tout d'abord du mal à me rappeler où je suis. La mémoire me revient peu à peu. Puis brusquement.
Je ne te vois pas.
Mes yeux horrifiés parcourent la scène. Partout des pleurs, du sang, des personnes gisant au sol. Je ne peux retenir un sanglot. Pourquoi toute cette violence ? Pourquoi ce carnage ? Je ne comprends pas.
Tout à coup, je te vois. Ton corps est allongé par terre, les bras en croix. Je me précipite vers toi. Non, s'il vous plaît, ne me dites pas que...
Je prends ta main et y cherche fébrilement un pouls. Ce n'est pas la peine. Tu ouvres tes yeux magnifiques et me murmure à l'oreille :
-Je t'aime...
-Moi aussi. Mais que...
Je n'achève pas. Ton regard est devenu vitreux. Ton pouls déjà faible s'éteint définitivement. La blessures que je remarque alors me glacent les sangs. Un objet, soufflé par l'explosion, a atteint ton estomac et s'y est profondément enfoncé. J'en distingue encore les contours irréguliers, mais je ne parviens pas à l'identifier. Tant mieux.


